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Chroniques du Grand jeu

Iran et Ukraine

15 Juillet 2015 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Ukraine, #Moyen-Orient, #Etats-Unis, #Russie

Iran et Ukraine

Pendant que l’UE surendettée fait sans rire la morale (financière) à la Grèce, deux cases importantes de l’échiquier eurasien sont le théâtre d’événements très importants.

Il semble que l’Ukraine se dirige vers l’escalade. Ainsi, le Pravy Sektor retire ses combattants qui sévissaient contre les russophones du Donbass. L’ordre en a été donné par le leader du mouvement néo-nazi, Dmitri Yaroch. Vont-ils marcher sur Kiev ?

La panique semble gagner le camp des amoureux transis du Maidan et le Times, dans un rare accès d’honnêteté, titre « Kiev forcé de combattre ses propres milices fascistes ». Nos petits propagandistes en herbe auraient-ils été piqués par la mouche tsé-tsé pour reconnaître enfin l’évidence ? Il y a donc des néo-nazis en Ukraine… Le pauvre lecteur du Times, à qui on a seriné le contraire pendant un an et demi, doit être chamboulé par ce qui suit :

"Une milice pro-gouvernement accusée de néonazisme a provoqué une fusillade avec les forces de sécurité qui a fait trois morts et causé la destruction de nombreux véhicules de police par des lance-roquettes. La bataille est le premier clash [faux : il y en a eu d’autres, moins importants] entre Kiev et l’un de ces bataillons de volontaires qui mènent le combat contre les séparatistes pro-russes."

Shocking…

Par contre, ne cherchez pas l’info dans la presse caniveau française ; l’imMonde, le Fig à rot, le Point G, Libérézina… c’est silence radio ! Prenons un peu de hauteur avec Robert Parry, l’un des plus prestigieux journalistes d’investigation outre-Atlantique, qui analyse à quel point l’intervention américaine en Ukraine a créé un bordel absolument ingérable.

"Au moment où l’armée ukrainienne combat les milices néo-nazies dans l’ouest alors que les violences contre les russophones continuent dans l’est, l’évidente folie de l’administration Obama sort à la lumière."

Tout est dit... Beaucoup d’analystes prédisaient que Poutine n’aurait qu’à attendre quelques années pour ramasser le fruit pourri, mais l’Ukraine est un tel abîme qu’il n’est même plus sûr que la Russie soit vraiment intéressée. Après avoir été le théâtre de la sourde lutte entre Washington (et ses hommes de paille bruxellois) et Moscou, il se pourrait bien dans un proche avenir que l'Ukraine, ô ironie de l'histoire, n’intéresse plus personne. Une sorte de no man’s land rejeté par les deux camps qui n’ont aucune envie de prendre en charge ce merdier.

Direction plein sud. L’accord "historique" sur le nucléaire iranien fait bouger les plaques tectoniques au Moyen-Orient et en Eurasie ; les conséquences en seront profondes et multiformes. Il faudra certes un peu de temps pour les analyser plus en détail mais l'on peut déjà tenter de voir ce qui se dessine sans trop de risque de se tromper :

  • l’Iran pourrait bien prendre en main, officiellement, la lutte contre l’Etat Islamique. C’est déjà plus ou moins le cas en Irak où les forces armées et les forces kurdes sont menées en réalité par Téhéran.
  • l’Iran aura les mains libres pour accroître son soutien à Assad en Syrie
  • les vannes du pétrole iranien devraient s’ouvrir, ce qui pèsera à la baisse sur le cours de l’or noir (grise mine à Moscou et à Caracas). Toutefois, les investissements nécessaires sont tels qu’on en a encore sans doute pour quelques années…
  • l’Arabie saoudite, chaque fois plus proche de la crise de nerfs, sera à surveiller de près
  • Israël, de plus en plus distant des Etats-Unis, mènera sa propre barque, pour le meilleur et pour le pire
  • la Russie livrera enfin ses batteries anti-aériennes S300, assurant quasi-définitivement la défense du territoire iranien
  • enfin, et sans doute le plus important à terme, l’Iran entrera très vite dans l’Organisation de Coopération de Shanghai, accroissant encore l’importance phénoménale de ce bloc

Chose intéressante, Moscou a immédiatement demandé l’annulation du bouclier anti-missile US en Europe de l’est. Voilà qui va mettre Washington dans l’embarras. Tout le monde savait bien que "la menace iranienne", prétexte à ce bouclier, ressortait plus du pipeau qu’autre chose, et que les plans américains étaient en réalité dirigés contre la Russie. On imagine déjà les contorsions acrobatiques de l’administration Obama pour expliquer que oui mais non mais en fait

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